|
Télémédecine : pour un système de santé plus efficace
|
[QdM 27/04/2007] Num. Spécial N°8156 MEDEC 2007
la page en pdf
Aujourd'hui, la télémédecine a fait ses preuves. Pour l'enseignement. Pour la surveillance de certaines pathologies chroniques. Pour l'aide au diagnostic à distance. Pour l'assistance à domicile des patients âgés. Mais son évaluation économique n'est pas encore suffisante et son développement piétine. Faute de volonté politique.
LE Pr ALBERT-CLAUDE BENHAMOU vit déjà à l'heure du virtuel.
Pour l'enseignement, où le directeur du GIP de l'université médicale virtuelle francophone (Umvf) voit arriver de plus en plus d'applications, tant pour la formation initiale que continue. Et de citer le campus numérique de neurochirurgie qui réunit régulièrement des spécialistes de Bordeaux, de Limoges, de Toulouse et de Clermont-Ferrand autour d'un tableau blanc partagé... Et il estime également qu'on entre dans l'ère de l'hôpital virtuel. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : augmentation des dépenses de santé, accroissement de l'espérance de vie, du nombre de personnes âgées, des polypathologies, saturation des services d'urgences. Il faudra réduire le nombre de visites médicales par l'amélioration de l'aide au diagnostic et du suivi à distance, maintenir le patient à domicile pour limiter les journées d'hospitalisation et les transports sanitaires, éviter l'invasion des urgences grâce aux plates-formes de téléservices. «La télémédecine peut rendre notre système de santé plus efficace, tout en conservant la qualité et la sécurité des soins et de la prise en charge.» Pour le Dr Jacques Caton, cela ne fait pas l'ombre d'un doute, d'autant que «c'est une demande du patient, un acteur qui doit être informé des décisions, comme le prévoit la loi du 4mars 2002». Mais le président d'honneur de l'Union régionale des médecins libéraux (Urml) de Rhône-Alpes ne sous-estime pas l'ampleur des changements à accomplir vis-à-vis du modèle d'organisation des soins et du rapport à l'expertise médicale. Il reste encore des procédures d'évaluations et de labellisation à mettre en place.
Des expérimentations réussies. Le Pr Paul Rubel, de l'hôpital cardiologique de Lyon, souligne que les bienfaits de la transmission des ECG pour l'aide à l'interprétation ont été démontrés : «Quand un médecin peut réaliser un ECG et le transmettre, on réduit le temps moyen de prise en charge d'un infarctus de trois à quatre heures.» L'expérimentation européenne EPI-Media a utilisé le PEM (portable ECG Monitor) avec quatre électrodes et une smart card qui permet de stocker le dossier médical des patients. Ce système – la cardiette – est bien meilleur qu'un interne, du même niveau qu'un cardiologue, mais ne remplace pas l'expert. «Nous avons évalué 20prototypes pendant 18 mois sur 116patients (sur 138 contactés) qui n'auraient pu être suivis autrement, explique le Pr Jocelyne Fayn (hôpital cardiologique de Lyon), ce qui nous a permis de diagnostiquer un syndrome de Wolff-Parkinson-White chez une femme de 32ans. Une autre de 38ans a pu réaliser un ECG pendant qu'elle avait des palpitations. Ce qui a évité un déplacement inutile.» Les tracés ECG arrivent sur un serveur et le médecin peut visualiser la situation en un clin d'oeil. Pierre Traineau, responsable du Catel, club de la télémédecine, cite lui aussi des évaluations positives : le projet Diatelic mené par le CHU de Nancy permet à 15 patients de faire leur dialyse à domicile. Les données parviennent à leur médecin généraliste qui disposent d'un système d'aide au diagnostic.
Altermed permet des visioconférences cliniques entre différents établissements : la clinique de Vannes, l'hôpital de Belle-Ile, l'hôpital psychiatrique de Saint-Avé avec toujours le même objectif, éviter les déplacements. Les médecins psychiatres de Saint-Avé sont ainsi en contact avec les infirmières de Sarzeau dans le Morbihan. Dans la région de Grenoble, le projet de l'Age d'or fait le lien entre une maison de retraite et le service de gérontologie de Grenoble. Le simple envoi de photos d'escarres permet une expertise de leur gravité.
Depuis deux ans, la société TMT Télémédecine (voir encadré) a lancé, quant à elle, un pack professionnel de santé incluant des appareils médicaux miniaturisés et communicants, et permettant de réaliser des examens sur un patient avec transmission, via un smartphone, des résultats à un centre d'expertise situé à Lyon. Quelques dizaines de médecins généralistes s'en servent pour pratiquer des ECG avec un avis d'expert (abonnement de 90 euros/mois).
Démonstration. Pour faire mieux saisir à l'assistance la réalité de ces applications, les sociétés Card Guard, présidée par Reven Freudinger, et Visonic, présidée par Avi Shachrai, toutes deux partenaires de TMT, ont apporté au MEDEC toute leur gamme d'appareils médicaux ou de surveillance : spiromètre, ECG, moniteur de glycémie, tensiomètre, oxymètre de pouls pour Card Guard ; détecteur de fumée, de mouvement, d'inondation et borne d'alerte pour Visonic. Nicolas Grand de TMT Télémédecine n'a pas hésité à pratiquer sur sa personne un ECG (une électrode dans la paume de la main, deux en contact avec le torse), puis une prise de sang (avec du faux sang tout de même) pour analyser sa glycémie. Les résultats ont été transmis en direct via le Smartphone vers la plate-forme d'expertise. La télémédecine existe, je l'ai rencontrée. Mais le développement attendu le plus rapidement, c'est celui qui concerne le maintien à domicile des personnages âgées.
Une enquête sur l'entourage des plus de 60 ans montre que seulement 30 % bénéficient d'un maillage de proches dense. Pour 25,2 %, l'entourage est « pauvre » et pour la moitié restante, il est « clairsemé ». Les solutions d'aide à distance s'imposent.
Il existe déjà en région un certain nombre de plates-formes qui, soit se contentent de remplir le rôle d'une e-concierge disponible 24 heures sur 24, assurant surveillance et contrôle à distance de l'environnement des personnes abonnées, soit constituent des centres d'expertise médicale avec la présence de médecins régulateurs. Le principe est toujours le même : les équipements électriques peuvent être commandés à distance et différents appareils de mesure mis en place, en fonction des besoins, permettant de remonter les données médicales et de gérer les alertes. On peut prévoir des contacts par visioconférence (simple installation d'une Web cam sur le poste de TV). Pour sa part, la société TMT a conçu tout un programme autour des nouvelles technologies d'aide à domicile. « Medicamber », labellisé Eureka, est subventionné par l'Anvar. Une borne interactive vocale sert de centre de transmission pour toute la maison. Une simple pression, sur l'un des trois grands boutons retroéclairés, permet soit de transmettre une alarme d'urgence à un conseiller (bouton rouge), soit de demander un service non urgent (bouton gris), soit de répondre à un appel téléphonique en activant le haut-parleur ou de répondre à un rappel programmé pour la prise de médicament (autre bouton gris). Quand un détecteur de chute ou de fumée ou d'inondation ou bien l'émetteur personnel (étanche) porté par la personne émet un signal, la borne-unité centrale entre automatiquement en contact avec le centre d'appels pour relater l'événement. La borne établit une communication vocale entre l'utilisateur et le centre.
«Soigner à distance en pratique, c'est possible et nécessaire», conclut le Pr Albert-Claude Benhamou qui déplore cependant «une absence de volonté politique forte».
> M.-F. P
Conférence Informatique et Multimédia « La télémédecine pour un système de santé plus efficace », « Soigner à distance, en pratique », « Technologies et services pour le santé et le social à domicile », parrainées par TMT Télémédecine.
La France a tous les ingrédients pour réussir en télémédecine
Marcel Bensoussan est depuis 2003 chef de projet pour développer la télémédecine en France. C'est l'objectif que s'est assigné TMT Télémédecine en intégrant différentes technologies et appareils pour en faire des solutions faciles à utiliser. Pour Marcel Bensoussan, «la France dispose de tous les ingrédients pour devenir la capitale mondiale de la télémédecine». Rien de moins. Le contexte est favorable : vieillissement de la population et désertification médicale dans certains territoires, transformation du système sanitaire et social (loi d'août 2004) et développement des services à la personne (plan Borloo).
Le fondateur de TMT s'apprête à poursuivre son « oeuvre » dans d'autres pays européens après avoir laissé la place en France au Dr Vincent Malquarti, cardiologue, nouveau président de TMT France.
Des enjeux juridiques complexes
La télémédecine a été définie à l'article 32 de la loi du 13 août 2004 : «La télémédecine permet, entre autres, d'effectuer des actes médicaux dans le strict respect des règles de déontologie, mais, à distance, sous le contrôle et la responsabilité d'un médecin en contact avec le patient par des moyens de communication appropriés à la réalisation de l'acte médical.»
La tendance actuelle est de prohiber la téléconsultation, rarement indispensable, et d'encourager la téléexpertise considérée comme génératrice d'économies et de qualité de soins.
Mais, comme l'a souligné au MEDEC, Me Jean-François Forgeron, avocat (cabinet Alain Benssoussan), le problème de la responsabilité est encore mal réglé. Il convient déjà de remarquer qu'il y a des modes de responsabilités différents selon la nature des techniques : la téléexpertise utilise des technologies pour un partage de connaissances, la télésurveillance et la téléassistance relèvent du suivi des patients à distance, tandis que le télédiagnostic ou la téléchirurgie pratiquent des actes médicaux à distance.
Les enjeux juridiques relèvent de plusieurs domaines du droit : droit de la santé, droit de la technologie, droit des données personnelles (très encadré), droit de la preuve électronique. Le médecin doit vérifier ou recueillir le consentement éclairé du patient ; il a une obligation déontologique qui relève du secret médical partagé (art. 60), il doit assurer l'information et la protection du patient, il doit utiliser des modes de transmission électronique sécurisés (cryptages des données, authentification des personnes). Le praticien peut également se trouver responsable en cas de matériel défectueux et se voir appeler en garantie.
Enfin, les données médicales devront être stockées chez un hébergeur agréé (mais la procédure d'agrément a été repoussée de deux ans). Yannick Kereun, de la société SNR, qui est notamment hébergeur de données de santé, rappelle les contraintes inhérentes à la profession : anticiper les montées en charge et les accès en simultané, savoir gérer les sinistres avec des plans de secours, adapter et harmoniser les systèmes d'information fournisseurs de données, gérer les droits d'accès, mettre en place des procédures de sécurité qui augmentent la complexité du stockage, etc.
L'info médicament sur votre mobile
Vidal a lancé au MEDEC Vidal i-mode, un nouveau service d'information de référence sur le médicament disponible sur tous les téléphones mobiles bénéficiant du service i-mode de Bouygues Télécom.
S'abonner à Vidal i-mode permet de disposer, en déplacement, de trois services : accès rapide à l'intégralité de la banque de données médicamenteuses Vidal (spécialités et génériques) à partir du nom du médicament, information sur le médicament via neuf rubriques (DCI, indications, contre-indications, posologie, précautions, grossesses, interactions, effets indésirables, surdosage), accès à la lettre Vidalnews hebdomadaire. Une astucieuse navigation à l'aide d'icônes spécifiques rend les monographies consultables, même sur un écran relativement petit.
L'accès à Vidal i-mode est de 3 euros TTC/mois. Il suffit pour s'abonner de se connecter sur www.entreprises.bouyguestelecom.fr (rubrique : professionnels) ou www.vidal.fr et de suivre les instructions.
Num. Spécial du : 27/04/2007
|
|