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Gardes médicales 'peu fiables': des urgentistes saluent le rapport Grall
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[Le Monde 03.09.07]
Les syndicats d'urgentistes Amuf et Samu de France ont salué le rapport Grall, rendu public lundi par le ministère de la Santé, qui juge la "permanence de soins" (PDS, gardes et astreintes médicales) "peu fiable" et souligne le "désengagement progressif des médecins libéraux".
Dans un communiqué, l'Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (Amuf) se dit "en accord avec ce constat qui est fait d'un dispositif +aléatoire, instable, fragile+ ne favorisant pas l'accès aux soins pour la population". "Rappelons que sous la pression des syndicats libéraux (...), il avait été mis fin en 2002 à l'obligation de garde de nuit en ville. Depuis, des sommes considérables (prés de 400 millions d'euros en 2006) ont été données pour valoriser les gardes des médecins libéraux avec très peu d'effets", ajoute-t-elle.
L'Amuf demande "une vrai revalorisation des gardes à l'hôpital avec, comme le souligne J.Y. Grall, la fin du paiement à l'acte dans le secteur libéral. Si le service public est le seul à assurer la PDS dans certains secteurs il doit en avoir les moyens", écrit-elle encore.
De son côté, Samu de France, estime dans un communiqué distinct que ce rapport "lucide et exact" souligne, "comme cela n'avait jamais été fait, la nécessité d'une approche globale de l'urgence médicale".
Samu de France cite également certains "grands principes" présents dans ce rapport qu'il a "toujours soutenus", comme le fait que la PDS comporte des visites à domicile ou le caractère "indispensable" de la "régulation médicale téléphonique".
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Hôpitaux : une profonde réforme s'impose, par Bernard Debré
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[Le Monde 03.09.07]
En politique, il faut du courage ; sans systématiquement aller contre l'opinion publique, il est nécessaire parfois d'affirmer une opinion, voire d'imposer des réformes quand bien même elles seraient impopulaires.
L'art de gouverner n'est pas l'art de la démagogie. L'exemple le plus caractéristique est celui des hôpitaux en France. Pour beaucoup, nous avons le meilleur système de santé du monde : ceux-là mettent en avant l'excellence de nos hôpitaux, leur accessibilité et le haut niveau de formation de nos médecins. Je les soupçonne d'être soit complices, soit aveugles. L'hôpital, depuis des années, se dégrade et pour beaucoup devient dangereux. Certes, nous avons sur le papier plus de 3 000 hôpitaux et cliniques, 30 par département, presque une structure tous les 15 km, 700 000 lits, plus d'un pour cent Français, deux ou trois fois plus qu'en Angleterre ou qu'aux Etats-Unis, mais ces chiffres ne sont qu'illusion. Il y a une réalité incontournable : l'hôpital n'attire plus les jeunes médecins. Près de 3 000 postes sont vacants faute de candidat, un tiers des postes y sont occupés par des étrangers dont les diplômes ne correspondent pas aux normes françaises. Il manque aussi tellement d'infirmières qu'il faut en faire venir de toute l'Europe, voire du monde entier. Et, aujourd'hui, il n'est pas rare que des services hospitaliers tournent avec des effectifs infirmiers si réduits que la sécurité des malades est loin d'être assurée.
La médecine elle-même a évolué ; il y a encore quelques années, il n'était pas rare que, pour l'ablation d'un rein cancéreux, le malade reste hospitalisé plus de deux semaines ; aujourd'hui, grâce à la chirurgie micro-invasive (la coeliochirurgie), il ne va rester hospitalisé que trois jours.
Lorsqu'un homme ou une femme fait un infarctus du myocarde, il est maintenant possible d'introduire en urgence une sonde dans les artères du coeur pour en dilater le rétrécissement, dissoudre le caillot, et d'y placer un matériel microscopique qui maintiendra l'artère perméable. Combien de patients ont été sauvés par cette nouvelle technique extraordinaire ! Si j'ai pris ces exemples, j'aurais pu en prendre d'autres qui ont changé l'évolution des maladies et la durée d'hospitalisation. Il est facile de comprendre que ces actes nécessitent des matériels sophistiqués, des équipes entraînées et des crédits importants.
Ces constatations sont sans appel, aussi, alors que, il y a quelques années, chacun s'accordait à penser qu'il était fondamental d'avoir un hôpital le plus près possible de chez soi, cette constatation est aujourd'hui obsolète et dangereuse. Certains petits hôpitaux sont devenus dangereux ; ils ne sont plus capables d'accueillir les urgences ni de traiter certaines maladies selon les normes modernes. Certains hôpitaux situés dans des petites villes n'attirent plus les malades. Que dire d'un service de chirurgie de 25 lits dont seuls 5 sont occupés par de véritables malades, les autres lits n'hébergeant que des patients en attente de maison de convalescence ? Car s'il y a trop d'hôpitaux dits "aigus", il n'y a pas d'établissement de soins de suite ou de maison de retraite.
Récemment encore, un scandale a eu lieu dans un petit hôpital. Des malades y ont été traités "différemment", avec des procédés anciens, par des chirurgiens non formés. Beaucoup sont morts. Une enquête de l'Igass est diligentée.
Peut-on accepter cette réalité ? Deux solutions existent : soit mettre tous les hôpitaux aux normes actuelles, leur fournir des médecins expérimentés et des infirmières en quantité suffisante... L'idée est séduisante, mais absurde, car inaccessible et financièrement impossible. L'autre solution serait de transformer (ou de fermer) au moins un tiers des hôpitaux existants, de les transformer en structures d'hébergement pour personnes nécessitant des soins de suite ou plus simplement des personnes atteintes de maladies dégénératives (Alzheimer ou autres).
Les autres structures hospitalières regrouperont alors infirmières et médecins spécialistes autour d'un plateau technique moderne. Elles assureront non seulement les urgences, mais aussi les soins aigus quels qu'ils soient. Bien entendu, ces hôpitaux seraient plus éloignés les uns des autres qu'actuellement. Se posera alors le problème du "ramassage" des urgences.
Mais là n'est pas la difficulté : il faudra développer les SAMU, les SMUR et les autres véhicules de premiers soins au lieu que le patient gravement atteint ne vienne à l'hôpital par ses propres moyens, ou transporté par une ambulance peu ou pas médicalisée. On irait le chercher chez lui avec des véhicules modernes où les premiers soins pourraient être débutés.
En diminuant du tiers le nombre des hôpitaux (ou en les transformant), les économies seraient extrêmement importantes ; n'oublions pas que l'hôpital pèse pour 50 % dans les dépenses de l'assurance-maladie. L'hôpital est en crise. Il existe maintenant une médecine à deux vitesses, non pas en rapport avec les revenus des patients, mais de façon plus perverse par l'existence de deux catégories d'hôpitaux : ceux qui sont bien équipés, tant en matériel qu'en personnel, et ceux qui, trop petits, sont dangereux car ne possédant ni matériel moderne ni équipe suffisante.
Mais la France est ainsi faite qu'elle déteste les réformes, et les Français s'imaginent toujours avoir le meilleur système de santé du monde. Vanité, mensonge, imprévision ? Tout est bon pour l'immobilisme, et les politiciens portent, eux aussi, de lourdes responsabilités : le simple mot de réforme les faisait frémir.
J'oubliais, nous avons eu récemment une "immense" réforme : la création des "pôles" ; il s'agit d'un échelon supplémentaire, administrativo-médical. Les services sont associés, sans d'ailleurs qu'il y ait d'affinités entre eux, un directeur du pôle est nommé, il doit, avec l'administration, gérer la pénurie. L'idée des pôles aurait pu être séduisante s'il s'était agi de réunir des services complémentaires, gérant confortablement les hommes et les matériels.
Mais il n'y a ni hommes ni matériel, il n'y a que la pénurie à gérer. Il faut revoir cette réforme et rendre les pôles facultatifs et, surtout, après avoir réduit le nombre des hôpitaux, concentrer les plateaux techniques, drainer des crédits suffisants pour les moderniser. Nous aurons alors des hôpitaux dignes de ce nom. Nous entrons dans une nouvelle ère, celle de la rupture et de la vérité. D'immenses réformes ont déjà été entreprises - justice, fiscalité, université -, n'ayons pas peur d'y ajouter celle, indispensable, de l'hôpital. Il en va de la santé des malades et de l'équilibre de la Sécurité sociale.
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Le rapport Grall sur la permanence des soins contient 'de bonnes pistes', estime le SML
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PARIS, 3 septembre 2007 (APM) - Le Syndicat des médecins libéraux (SML) considère que le rapport de Jean-Yves Grall sur la permanence des soins contient de "bonnes pistes", reprenant plusieurs propositions du syndicat.
Ce rapport, publié lundi par le ministère de la santé, dresse un bilan sévère du dispositif en place et plaide pour sa refonte, qui passe notamment par la fusion entre permanence des soins et aide médicale urgente, sous l'égide d'un pilote unique (cf dépêches APM VGKHU001 et APM VGKHU002).
Dans un communiqué diffusé lundi, le SML "prend acte, avec satisfaction, que le rapport Grall sur la permanence des soins reprend les orientations, la philosophie et les propositions du SML dans ce domaine" et se félicite de la proposition de pilotage unique du dispositif par l'Etat et de sa sortie du champ conventionnel.
"Fondée sur un volontariat incitatif, appuyée sur des maisons médicales de gardes (MMG) attenantes aux services d'urgence des hôpitaux (ce qui correspond aux services pré-portes préconisés de longue date par le SML) et réorganisée sur une base régionale, la permanence des soins devrait devenir un service performant (...) et une activité valorisante pour les médecins", juge le SML.
Le syndicat se déclare "volontaire pour participer activement à cette profonde restructuration".
UNE "MINE D'IDEES", POUR SAMU DE FRANCE
Samu de France a salué lundi dans un communiqué le rapport de Jean-Yves Grall, qu'il qualifie de "mines d'idées" et qui "représente un apport considérable et une excellente base de départ pour un travail prospectif".
Il estime que le constat dressé par Jean-Yves Grall sur le dispositif actuel "peut être jugé sévère mais il est lucide et exact" et "rejoint celui de Samu de France fait depuis des années" sur le caractère non fiable du dispositif et sur "l'effet délétère" du double pilotage ministère-assurance maladie.
Parmi les principes affirmés dans le rapport, Samu de France rappelle avoir soutenu notamment le maintien des visites à domicile, la régulation préalable avec la participation de généralistes et d'urgentistes dans un centre de réception des appels unique, situé à proximité des services d'urgence.
"Jean-Yves Grall souligne, comme cela n'avait encore jamais été fait, la nécessité d'une approche globale de l'urgence médicale. Samu de France ne peut également qu'y souscrire", écrit-il, en se déclarant prêt à travailler sur un nouveau dispositif sous l'égide du ministère de la santé.
Samu de France regrette toutefois que certains points n'aient pas été développés, comme la dérogation à la régulation obligatoire au profit des associations de type SOS Médecins, l'analyse de la solidité de cette association en matière de permanence des soins, le renforcement "nécessaire" de la régulation et les situations de crise de type pandémie, canicule ou épidémies saisonnières.
L'AMUF POUR DES MESURES RAPIDES
L'Association des médecins urgentistes de France a félicité Jean-Yves Grall "pour son rapport (...) rigoureux et objectif traduisant la réalité de la situation", dans un communiqué publié lundi.
"Nous sommes en accord avec ce constat qui est fait d'un dispositif 'aléatoire, instable, fragile' ne favorisant pas l'accès aux soins pour la population et conduisant à un système inégalitaire sur le territoire", indique l'Amuf.
L'Amuf déplore que la permanence des soins ambulatoire soit "laissée aux seuls hôpitaux et aux Samu" dans de nombreux départements.
Elle estime que le système actuel "conduit à des inégalités salariales majeures entre la médecine de ville et l'hôpital public aboutissant à des aberrations flagrantes", en citant l'astreinte de nuit de 150 euros accordée aux chirurgiens des cliniques sans réévaluation de l'astreinte des hospitaliers.
"Nous demandons donc à ce que des mesures rapides soient mises en place pour qu'il y ait une vraie revalorisation des gardes à l'hôpital avec (...) la fin du paiement à l'acte dans le secteur libéral", explique l'Amuf.
Elle réclame également que la ministre de la santé, avant la fin de l'année, "tienne compte des recommandations faites dans ce rapport et mette fin [au système actuel] basé sur le volontariat et sur une gestion déficiente du Conseil de l'Ordre des médecins".
Dans un communiqué publié lundi, le ministère de la santé a précisé que Roselyne Bachelot traitait la rénovation du dispositif de permanence des soins comme "une priorité de son action".
"Elle souhaite que soient organisés, dès la rentrée, des échanges avec l'ensemble des acteurs de la permanence des soins pour étudier ces propositions et prendre au plus tôt les mesures qui s'imposent", conclut le communiqué du ministère.
(Mission de médiation et propositions d'adaptation de la permanence des soins, Jean-Yves Grall, juillet 2007, 40p. sans les annexes) http://www.sante.gouv.fr/htm/actu/grall_jy/rapport.pdf
vg/eh/APM polsan redaction@apmnews.com
VGKI3003 03/09/2007 18:23 ACTU
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