Le ministère de l’Agriculture a récemment autorisé une dérogation d’urgence de 120 jours qui permet à l’herbicide Avadex Factor de revenir sur l’orge d’hiver, malgré les avertissements répétés de l’Anses et de l’EFSA. Cette décision réactive le débat autour du tri-allate et des risques pour les eaux souterraines ainsi que pour la biodiversité. Les organisations environnementales dénoncent une contradiction entre la protection sanitaire et les impératifs agricoles, tandis que les représentants des producteurs évoquent une impasse technique. Vous trouverez ici un panorama factuel et argumenté des implications réglementaires et pratiques.
Sommaire
TogglePourquoi cette dérogation 120 jours a-t-elle été accordée?
Le ministère a motivé sa décision par une situation qu’il qualifie d’urgence phytosanitaire, liée aux difficultés de désherbage de l’orge d’hiver depuis 2023. Les demandes proviennent notamment de producteurs et d’organisations professionnelles qui alertent sur des pertes de rendement potentielles. L’autorisation couvre une fenêtre précise et un volume limité, afin de restreindre l’usage à une période considérée comme critique.

Le produit concerné, Avadex Factor, est autorisé pour une utilisation entre le 23 septembre 2026 et le 21 janvier 2027, avec un plafond de 90 000 litres. La substance active, le tri-allate, demeure approuvée au niveau européen jusqu’en mars 2027. Sur le plan national, l’Anses avait pourtant retiré précédemment les produits au tri-allate du marché français.
Le ministère impose des conditions précises d’application afin de limiter les risques identifiés et d’encadrer l’emploi du produit dans le temps et l’espace. Ces restrictions comprennent des modalités d’incorporation et une fréquence d’utilisation sur parcelle qui visent à réduire la dispersion dans l’environnement. Le choix du gouvernement illustre la tension entre gestion des cultures et précautions sanitaires.
Quels sont les risques sanitaires et environnementaux du tri-allate?
L’Anses a rejeté à deux reprises les demandes d’autorisation en invoquant un risque de contamination des eaux souterraines et des effets nocifs pour les organismes aquatiques et les arthropodes non ciblés. Les évaluations ont fait apparaître la formation d’une impureté préoccupante, la N-nitrosodiisopropylamine, lors du stockage. Ces éléments ont conduit l’agence à estimer que le rapport bénéfice/risque ne semblait pas acceptable au regard des données disponibles.

L’EFSA a, pour sa part, pointé des signaux de génotoxicité dans plusieurs études in vitro, ce qui a renforcé l’inquiétude scientifique. Des ONG comme Générations Futures rappellent que cet avis européen qualifie le tri-allate de domaine de préoccupation critique. La combinaison de risques sur la santé et sur les écosystèmes explique en grande partie l’opposition à toute réintroduction non encadrée.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Produit | Avadex Factor (Gowan) |
| Substance active | Tri-allate |
| Période autorisée | 23/09/2026 – 21/01/2027 (120 jours) |
| Volume maximal | 90 000 litres |
| Culture concernée | Orge d’hiver |
| Dose et mode d’application | 2,7 L/ha, application en pré-semis, incorporation sous 2 heures, ~4 cm |
| Fréquence | Usage limité à une année sur trois sur une même parcelle |
| Statut ANSES | Produits au tri-allate retirés du marché national (2023) |
| Statut UE | Approbation du tri-allate en vigueur jusqu’en mars 2027 |
Qui conteste la décision et quelles actions sont prévues?
Plusieurs ONG environnementales, dont Générations Futures et France Nature Environnement, annoncent un recours en référé afin de suspendre la dérogation. Elles qualifieraient la mesure d’irresponsable au regard des avis scientifiques existants. Les organisations estiment que la procédure exceptionnelle a été utilisée hors de son esprit pour permettre un produit jugé dangereux.
Les recours viseront à faire reconnaître l’illégalité de la décision au motif que le ministère n’aurait pas suffisamment pris en compte les risques identifiés par l’Anses et l’EFSA. Vous pouvez vous attendre à un calendrier judiciaire rapide dans ce type d’action d’urgence, avec des auditions en référé et des demandes de suspension rapide. Les ONG chercheront à bloquer l’application sur le terrain le temps que la justice statue.
Sur le terrain, la décision interroge les agriculteurs et les conseillers techniques sur les alternatives possibles et la gestion du désherbage sans tri-allate. Certaines pratiques agronomiques et outils de lutte mécanique ou de rotation culturale peuvent réduire la pression des adventices, mais elles nécessitent souvent des investissements et de l’organisation collective. Le débat juridique et agricole va désormais s’entrecroiser jusqu’à la fin de l’approbation européenne du tri-allate.
- Points juridiques probables : contestation de la motivation d’urgence, prise en compte des avis scientifiques.
- Conséquences pratiques : risque d’interruption rapide en cas de suspension judiciaire, complexité pour les exploitations.
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Clara Duval, rédactrice spécialisée en formation médicale et prévention, apporte son expertise au service de la sensibilisation du grand public.





